LE CHEMIN DE SAINT JACQUES

(un chemin initiatique dans la quête de l’Absolu)

« Quand vous butez sur toute sorte d’épreuves, pensez que c’est une grande joie. Car l’épreuve, qui vérifie la qualité de votre foi, produit en vous la persévérance, et la persévérance doit vous amener à une conduite parfaite ; ainsi vous serez vraiment parfaits, il ne vous manquera rien. » (Jacques 1, 2-4)

Le chemin de Saint Jacques est symbolisé par la coquille saint- jacques où la créature rejoint son Créateur au centre symbolisant le tombeau, où le cherchant tombe vers le haut (l’élévation), par la rectitude de la démarche symbolisée par la partie horizontale de la coquille, le fondement du cheminement. Vers ce centre convergent les chemins de vie, les chemins initiatiques, à l’image des quatre fleuves qui mènent au sommet de la montagne de Sion ; le quatre (la matérialité) se transforme en spiritualité en passant par le un. Les retrouvailles de la dépouille décapitée de Saint jacques signifie la Volonté de Dieu de voir l’homme se dépouiller de ses pensées pour retrouver la vie spirituelle.

La coquille par sa forme concave symbolise la capacité à recevoir la Lumière pour la donner ; la main gauche qui reçoit et la main droite qui donne. L’intérieur de la coquille est blanc nacré par suite d’une disposition particulière des prismes constitutifs du calcaire, qui polarisent la lumière. Elle symbolise la purification par la transmutation au cœur. Douze sillons (de lumière) divergent du centre. Pour le pèlerin qui incarne l’initié, ils évoquent les douze tribus d’Israël, les douze Apôtres, les douze portes de la Jérusalem Céleste, les douze mois de la création. La lumière c’est la vie symbolisée par l’eau pure dont la coquille est le réceptacle. La coquille évoque la mer (la Mère, la matrice) et en corollaire, le sel : la concentration et la cristallisation des énergies, de la Force (« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s’affadir, avec quoi le salera-t-on? Il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens… »1 Mc 9). Elle est union entre la Terre et l’Océan, la finitude et l’infinitude, le manifesté et l’au-delà du manifesté.

Le chemin de Compostelle nous fait quitter la quotidienneté de la matière pour que l’esprit puisse s’approprier (se libérer- se purifier) ce qui est juste : la vie, l’au-delà de la matière. Le relatif, l’éphémère, l’apparent s’effacent devant les profondeurs de l’être que donne à entrevoir le chemin.

La magie du chemin s’opère avec les pèlerins, quelles que soient leurs origines, leurs motivations, leur âge, leur époque, quand l’égo de chacun s’efface, qu’aucune pensée de l’un, croyance ou pouvoir décisionnel de l’autre, ne vient faire obstacle au suivi commun du même chemin. Tout le monde respecte les signes qui indiquent le chemin du corps. Dans la quotidienneté du monde ordinaire, tout peut être source de division, d’opposition, à tout moment. Le sens extraordinaire du chemin, c’est que tout le monde marche dans le même sens pour atteindre symboliquement le même but…

Le chemin qui mène au coeur de l’être est défini par la Parole des sages, des maîtres, de Dieu qui nous indique le « véritable » chemin. C’est sa connaissance qui trace notre chemin de vie…

Le pèlerin qui se rend à Compostelle chemine vers son cœur, vers le centre ontologique de sa création, miroir de l’Archétype Universel, reflet de Son Image. Il libère sa vie de la complexité et la mène vers la simplicité : il marche en lui, vers lui, avec lui ; il se rend au point. Proverbe alchimique : «  Connais-tu le point qui est dans le carré (la matérialité) ? Connais-tu le point qui est dans le triangle (la spiritualité) ? Connais-tu le point qui va dans le cercle (l’universalité) ? Connais-tu le point, alors tout va bien ; ne le connais-tu pas alors tout est vain ! » Le chemin participe au rétablissement du Corps primordial, du Corps matriciel (union rétablie de l’esprit, de l’âme et du corps), de l’image en marche vers la ressemblance. Arrivé à Compostelle (Le Champ des étoiles), le pèlerin deviendra étoile pour briller lors de son retour, comme Jacques, parmi les siens dans les ténèbres de la matérialité du monde moderne. La dureté du chemin exige d’aller puiser au cœur de soi-même la Force qui donne la volonté, le courage, la persévérance. « Vendez vos biens et donnez les en aumône. Faites- vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, où ni voleur n’approche ni mite ne détruit. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. » Ac 4.

« Le bon chemin » est celui qui nous fait passer d’un (du) pas juste au Seul et Unique Juste : le Christ (« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie »). « Entrez par la porte étroite. Large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s’y engagent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent ». 1 Lc 13-24. Le chemin rappelle la prévalence de l’Être sur l’avoir. « L’homme extérieur ne fait qu’exister ; l’homme intérieur est ! » dit Annick de Souzenelle. Le chemin est transmutation au cœur (le détachement ou œuvre au noir) et de plus en plus transformation (l’amour ou œuvre au rouge : «  Il suffit de se transformer pour que le monde se transforme autour de nous ») dans le but d’être élevé (la transfiguration ou œuvre au blanc : ce que l’homme ne peut pas se figurer) à sa vocation divine. La colonne vertébrale de la vie est la verticalité de l’être ! Le sac du pèlerin ne reste pesant que lorsque pèse encore en lui les insuffisances d’amour, les siennes (ses non-dits, ses non-faits) comme celles du monde qui l’entoure (les insuffisances, les inconsciences, les incapacités, les incertitudes par manque de foi). L’homme en chemin retourne à Dieu et à Sa Foi. « Comme Dieu est constitué, l’âme l’est aussi » dit St Augustin.

Le chemin est symbole du Saint Nom de Dieu YHWH (Ce qui était- ce qui est et ce qui vient) puisque Jacques assista avec Pierre à la Transfiguration sur le Mont Thabor où les prophètes Elie et Moïse s’entretinrent avec Jésus ; un Seul et même Temps pour tous les pèlerins des siècles des siècles ! Il est le chemin de tous car il est le chemin du Tout, le chemin qui mène au Un, au Corps du Christ dont Il est la Tête. Il est le chemin de la Loi qui mène à l’Au- delà : «  Aimez- vous les uns les autres comme Je vous ai aimés ! »

Celui qui prend le chemin dans l’envie, le besoin, ou par rapport à un événement particulier de son existence, ne peut le suivre que dans le sens de la nécessité du cheminement intérieur que réclame son exigence qu’il ne peut, au départ, se figurer ; et qui se traduira (ou non) par une transformation profonde dans sa vie, dans l’au-delà du chemin. Il symbolise, en cela, le passage des ténèbres de la matière à la lumière de l’esprit.

Le pas juste se transforme alors en pas du juste … La douleur (l’humain) s’efface alors pour laisser place à la souffrance (le souffle de l’errance) dans la quête du divin, du chemin qui ramène à Dieu … « Le Christ est cherchant, persévérant et souffrant » dit Luc.

Arrivés à Compostelle les pèlerins du Moyen-âge brulaient leurs vieux vêtements: ils brulaient, symboliquement le Viel Adam, l’homme extérieur, pour revêtir le Christ, l’Homme intérieur, l’Adam nouveau (l’être sans cesse renouvelé par la foi).

La légende de Compostelle raconte que c’est une étoile (toujours le Principe unique) qui aurait permis à ses disciples venus de Jérusalem de retrouver les reliques de Jacques le Majeur pour lui construire son tombeau. C’est ensuite autour du tombeau qu’aurait été construite la ville de Compostelle ; étymologiquement « le Champ des étoiles » dont le tombeau serait symboliquement le cœur de la ville et les étoiles, les pèlerins arrivés au cœur d’eux-mêmes pour recevoir la Lumière qu’ils sont censés maintenant refléter dans leur vie ; dans la nuit mystique du fidèle, de celui qui porte en lui la verticalisation de la foi, la Lumière se met à briller. Le « champ de l’étoile » c’est la vie (l’évolution, la transformation) dont le pèlerin doit maintenant témoigner, pour éclairer la nuit (l’existence) de ceux qui l’entourent. Sa vie est le symbole de l’au-delà de Compostelle marquée de sa présence en christ : la crédence de son cœur. La crédencielle devient chaque jour la croix de la lumière qui descend du Ciel … « Ne laisse jamais nos vies, tout au long du jour, manquer à la Lumière ; recharge les du poids d’amour qui les entraîne vers le Père » demandent les Apôtres au Christ.

« La Loi que le Ciel a mis dans le cœur de l’Homme s’appelle la loi naturelle (de sa nature divine originelle). L’observation de la Loi s’appelle la Voie ou la règle de nos actions. Remettre en lumière, dans les cœurs des hommes, la règle des actions que les passions ont obscurcies, cela s’appelle enseigner. Il n’est jamais permis de s’écarter de la règle de nos actions, même un instant ; s’il était permis de s’en écarter, elle ne serait plus règle. Pour cette raison, le sage prend garde et fait attention, même quand il ne voit rien qui réclame sa vigilance ; il craint et tremble même quand il n’entend aucun bruit qui puisse l’effrayer ; car pour lui rien n’apparait plus à découvert que les secrets replis de son cœur (Confucius). On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, en bien comme en mal ; et le mal que nous avons, c’est le mal que nous faisons : nous sommes responsables de nos vies comme l’architecte ( l’intention) et le maçon (l’acte) dépendent de la qualité d’une maison.

Il ne nous reste plus qu’à persévérer sur tous les chemins de nôtre vie terrestre, en se rappelant la sagesse de Confucius : « Qui ne progresse pas chaque jour, recule chaque jour ! »

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