THEOLOGIE ET MYSTIQUE DU MIRACLE DES NOCES DE CANA

« Le troisième jour, il y eut un mariage » : le troisième jour symbolise la trinité, mais aussi le temps présent, qui était et qui vient.

Le temps présent, qui était et qui vient ; c’est-à-dire les trois temps qui en présence de Jésus, qui n’est pas encore le Christ, ne font qu’un.

Ce qui préfigure le temps de Marie qui vient, mais n’est pas encore venu …

« Il y eut … » : ce n’est pas encore le temps présent.

« La mère de Jésus était là » : la présence de Marie à ce mariage symbolise bien la pureté de l’intention, la simplicité, l’humilité, la virginité, et signifie que c’est une volonté de Dieu qui s’accomplit. En effet, l’homme « se marie » pour la vie car c’est Dieu qui unit. Marie symbolise déjà les épousailles du Christ bien que la « mère de Jésus » ne soit pas encore Marie, la Mère de Dieu, de tous les vivants.

« Jésus aussi avait été invité » : c’est la reconnaissance inconsciente de Dieu qui fait que Jésus et ses disciples sont invités. Dieu est invité à travers Jésus, mais à travers Jésus  c’est l’Homme qui est invité. Comme Jésus répond à cette invitation, l’homme devra répondre à l’invitation de Dieu, comme Dieu a ici répondu à l’invitation de l’homme. Cette invitation est exprimée par Saint Luc 18, 18-27 : « viens et suis-moi ».

« On manqua de vin » : « on » signifie l’homme encore impersonnel, qui n’est rien sans les trois personnes qui transforment l’eau en vin, ce qui préfigure la transformation de l’homme en Dieu. Il n’a pas été visité comme Marie par l’archange Gabriel. Par le détachement du fait, l’homme va au cœur de lui-même et le vin qui symbolise le partage, est le premier signe d’amour.

« La mère de Jésus dit : ils n’ont pas de vin » : ils n’ont pas encore été transformés parce qu’ils n’ont pas reçu la Lumière. La mère de Jésus veut signifier : ils n’ont pas encore été transformés comme moi, autrement dit, ils ne sont pas encore disciples de Dieu. La conversion de l’homme par l’Eau du Baptême, le ramène à sa divinité, à son principe créateur symbolisé par l’eau transformée en vin.

« Femme que me veux-tu, mon heure n’est pas encore venue » : la mère de Jésus lui parle « d’avoir » alors que Jésus symbolise l’homme appelé à être.

« Mon heure n’est pas encore venue » : signifie que Jésus qui renferme en lui le Y (iod) des hébreux, la Lumière Divine, n’a pas encore suivi Sa Passion pour être Christ et passer véritablement, au regard des hommes éclairés, conscientisés, de l’avoir à l’être; et dont le sens est de ne plus être pour que Dieu soit. Jesus symbolise le pouvoir de la transformation, du miracle qui s’accomplit en l’Homme, à travers l’Homme. Le Christ symbolise la Transfiguration: la Foi de ce « que l’homme n’a pas vu, n’a pas entendu, n’est pas venu à l’esprit de l’homme » selon Saint Paul.

« Sa mère dit à ceux qui servaient : tout ce qu’il vous dira, faites-le » : sa mère (qui n’est plus la maman de Jésus), signifie ainsi sa soumission à la Parole de Dieu. Sa soumission est une invitation à l’autre à se soumettre à cette même Parole. Quand l’homme est à l’écoute de la Parole de Dieu, tout se transforme (« faites tout ce qu’il vous dira »). Ce mariage qui s’arrêtait faute de vin va pouvoir se poursuivre. La mère de Jésus qui en est consciente préfigure Marie, Mère de Dieu et Mère de tous les Hommes. Le besoin d’avoir du vin, se transforme avec Marie appelée à être la Mère de toute l’humanité, en nécessité d’être.

« Tout ce qu’il vous dira » : ce totum exclut toute pensée, croyance, discussion.

« Six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures » : les six jarres symbolisent les 6 jours de la Création et l’Homme encore inaccompli. Elles servaient aux baptêmes des Juifs c’est-à-dire à la purification du corps des souillures du monde. Ces ablutions devaient être rituellement répétées. Elles symbolisent le besoin de purification pour les Hébreux avant chaque cérémonie, eux qui n’ont pas encore connu le seul baptême pour le chrétien,  accompli par Jean le Baptiste.

Si le jour du Shabbath pour les Hébreux est le jour de l’inactivité, pour le Chrétien c’est le jour du repos, le jour où l’homme se repose, se recentre dans son cœur pour rentrer en religion avec Dieu. C’est sa vie en Christ au cœur de lui-même qui lui apporte la vision du Christ de la Lumière du monde qui constitue le septième jour, l’Homme parfait, c’est-à-dire perfectionné chaque jour davantage par l’amour inconditionnel, infini et éternel de Dieu le Père, car « qui a vu le Fils voit le Père » Jean 1.

Le Baptême pour le Chrétien n’est pas purification du corps des souillures du péché originel, mais libération de l’âme et de l’esprit par le détachement du fait, en l’absence de tout jugement. Le Baptême chrétien dans son intégralité symbolise le Principe Divin : le Principe Unique de toute chose.

Le Baptême n’est pas don d’une bonne conscience, mais élévation de la conscience à une toute autre Conscience; une Conscience au-delà de toute conscience : La Volonté de Dieu!

La Puissance de Dieu incarnée par Jésus et l’eau transformée en vin, symbolisent le passage de l’Ancien au Nouveau Testament. Le fait que Jésus se serve de ces jarres de pierre signifie qu’il ne renie  pas l’Ancien Testament, mais qu’il l’intègre, l’incorpore pleinement pour le transcender en vin c’est-à-dire en sang de l’Alliance Nouvelle et Eternelle qui sera versé une fois pour toute l’humanité. Le sang versé est la vie du chrétien dans sa relation à l’autre (qui va « vers » le « et »)

L’eau symbolise le Baptême, ou libération.

Le vin symbolise la Communion, ou transformation de l’homme en Christ.

L’homme est confirmé en Dieu par le sang versé du Christ : du flanc droit transpercé par la lance du Centurion Romain, s’écoule l’eau et le sang.

Ce sang versé du Christ, c’est la Communion d’âme et d’esprit entre Jésus et l’Homme.

C’est alors la Confirmation de l’Homme vivant en Christ et dont la vie est totalement consacrée à Dieu par la Grâce qui lui est donnée et à laquelle il rend grâce éternellement.

Le « sang versé » est la vie de l’Homme tourné vers le Et, vers l’Unité : « aimer l’autre, c’est aimer Dieu qui est en l’autre » Saint Paul.

L’Homme ne peut se figurer ce qu’est l’Amour de Dieu, c’est pourquoi il en est transfiguré.

Si la Communion est la Théologie de l’Amour, la Confirmation en est la Mystique.

Le temps du mariage préfigure (« mon heure n’est pas encore venue ») les épousailles du Christ.

La préparation du mariage prédispose aux épousailles du Christ, de la vie en soi comme en l’autre.

L’être éclairé n’épouse pas l’autre, il épouse la vie en lui comme en l’autre, pour lui comme pour l’autre, selon le commandement de Dieu d’aimer son prochain comme soi-même. L’Amour est l’acte créateur de la vie: l’écoute nouvelle, la vision nouvelle, l’action nouvelle, qui transforme chaque jour en Jour (en Lumière) Nouveau.

L’Amour transforme la créature en être créateur : la seule et véritable transfiguration.

L’homme ne sait pas ce à quoi Dieu l’appellera, l’amènera, l’invitera à être, à dire, à faire, pour la vie de l’autre.

« Chacune contenait deux à trois mesures » : certains sont naturellement et volontairement selon Dieu, prédisposés. D’autres demeurent encore dans la dualité et nécessitent d’être convertis.

Le cœur de l’homme n’est Temple de Dieu que si celui-ci est Juif (juste) pour devenir Chrétien (amour) et ensuite Musulman (purement spirituel). Car selon Saint Paul, au lieu de chercher à plaire aux hommes (à quelques hommes seulement) vous feriez bien de plaire à Dieu (à tous les hommes).

« Les jarres furent remplies jusqu’au bord » : c’est le plérome de l’esprit, c’est-à-dire la plénitude de l’esprit ; autrement dit quand l’homme est pleinement dans l’esprit, c’est la grâce de l’Esprit Saint qui s’accomplit.

« Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas » : les serviteurs de Dieu portent en eux l’écoute, la vision et la compréhension nécessaire à celui qui veut devenir maître pour pouvoir partager (le repas).

Les serviteurs des hommes à travers le sens de l’eau transformée en vin, autrement dit du Baptême, sont devenus des serviteurs de Dieu, et sans le seul et véritable Maître qu’est le Christ, aucun homme ne peut se prétendre maître.

Le Seul et Véritable Maître, c’est Dieu ; et aucun homme ne peut être maître si ce n’est Dieu qui est Maître en lui.

Jésus par le miracle des noces de Cana vient appeler les faux maîtres et les faux prophètes à la Vérité.

« Le maître du repas ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau » : celui qui ne va pas puiser au plus profond de son être ne peut pas savoir, c’est-à-dire ne peut pas recevoir la Lumière (l’Intelligence Suprême) car il n’a pas l’intelligence du cœur. Le maître du repas symbolise l’homme dans le fait, condamné à ne faire que constater le fait en bien comme en mal,  sans en comprendre le sens (il ne savait pas d’où venait ce vin).

Le devenir de l’être n’est défini que par le sens qu’il reçoit au cœur de lui-même. L’homme ne peut rien voir et donc rien savoir s’il ne va pas au coeur de lui-même (le Baptême), s’il n’est pas (la Communion), et s’il ne demeure pas (la Confirmation) pleinement et parfaitement en lui. C’est son passage du futile et de l’éphémère, à l’essentiel et à l’éternel : des noces de Cana aux Epousailles du Christ.

C’est parce que l’homme continue à participer aux noces de Cana que Dieu espère le voir participer à nouveau aux noces de la vie céleste.

« Alors le maître du repas appelle le marié » : comme le maître du repas a été appelé à voir, il appelle le marié à comprendre ; cela signifie le passage de l’illusion et du sentiment, de la dualité de la fonction à la compréhension de la nécessité du partage.

Par la présence de Jésus, l’ivresse de l’homme, son avidité, se transforme en soif de Dieu. Le marié symbolise l’homme qui vient épouser et qui n’accomplit parfaitement son mariage que par la grâce de la Présence de Dieu qui l’appelle à participer aux épousailles du Christ, c’est-à-dire à épouser la vie en lui comme en l’autre.

Les noces de Cana préfigurent les épousailles du Christ pour la vie éternelle.

  • L’ivresse de l’homme : le besoin
  • La soif de Dieu : la nécessité

La présence de Marie symbolise véritablement le mariage de l’homme qui se prépare à épouser la pureté, la virginité, la simplicité, la fécondité. C’est dans ce sens que Marie est la mère de tous les hommes.

« Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit » : Jésus était Dieu, il est à la fois l’alpha et l’omega, le commencement et la fin. Ce miracle des noces de Cana n’est que le symbole et la synthèse de tous les autres miracles que Jésus a accomplis dans son Christ historique et qu’il ne cessera jamais d’accomplir dans son Christ ontologique, c’est-à-dire au cœur de tout homme vivant et ressuscité en Dieu.

Le miracle des noces de Cana symbolise le commencement de l’écoute, de la vision et de la compréhension nécessaire au mariage : à l’unité des hommes qui constitue l’Eglise.

Les jarres de pierre remplies d’eau symbolisent la transformation du cœur de pierre en cœur de chair. Sans la vie spirituelle, qui émane de Dieu, l’homme ne peut répondre à l’injonction du Christ lui demandant de devenir une pierre vivante pour participer à la construction de l’édifice. Les noces de Cana invitent, comme Jésus a été invité, à la participation du sens de l’au-delà. Le miracle ne s’accomplit pas dans le fait, dans le futile et l’éphémère, mais dans la révélation de la connaissance de l’essentiel : « heureux ceux qui ont cru sans avoir vu » Jean 20, 24-29.