LA  RÉSURRECTION (A. DE SOUZENELLE)

Lorsque Dieu se fait Homme, Il entre dans les catégories de l’Histoire ; en employant nos mots humains inadéquats à Lui, je dirai qu’Il « se brise » pour s’y modeler et y cacher Sa Gloire. L’histoire Le conçoit et L’annonce dans ce qu’elle en voit ; elle Le consigne dans ses archives au même titre que les sages et les prophètes ; elle se rassure en annonçant aussi Sa Mort à laquelle assiste une foule d’hommes et de femmes, à la suite d’un procès qui a réuni les plus hautes autorités de l’époque.

Mais qu’Il ressuscite est pour elle scandaleux ; qu’elle ait à  réviser ses normes et ses lois pour intégrer en elle ce phénomène nouveau, c’est du délire ; que l’Homme ait à casser les « protections » bétonnées de son cœur, qui paradoxalement le retiennent prisonnier de lui-même, pour appréhender le nouveau, voire le libérant, cela est impossible !

Et lorsqu’il croit faire sienne l’idée de la Résurrection, cet homme, ce n’est plus généralement que dans une superstructure intellectuelle ou émotionnelle d’ordre religieux, qui ne change rien à son cœur ni à sa vie ; il croit que quelque chose de fou s’est passé, il y a deux mille ans, à laquelle il veut bien admettre qu’il y accédera seulement après sa mort, mais sa vie n’en est pas moins identifiée à l’Histoire et à ses valeurs: il n’ y a pas de place en lui pour Le Ressuscité !

Il n’y a nulle place pour le souffle de l’Esprit qui fait de chaque instant de l’Histoire l’espace réel de la Résurrection. Et pourtant, si l’actuelle réalité de la Résurrection n’est pas posée en postulat de chaque instant qui constitue le « Ici et Maintenant » du Christ, celui-ci n’est que mort.

Naissance, vie, mort, résurrection, participent d’un seul et même Temps : d’un temps hors du temps, d’un temps prédestiné, d’un temps qui  n’existe pas et qui existe ; d’un temps qui ne nous appartient pas mais qui nous est donné ; d’un temps que l’on n’a pas mais qui est ; d’un temps qu’on a perdu, qu’on aura plus jamais, parce qu’on ne l’a jamais eu ; d’un temps que l’on ne rattrapera plus parce que nous n’avons pas su le saisir ; d’un temps qui nous échappe parce que la Vie est tout simplement un Temps qui échappe au temps…

La Résurrection fonde et vainc toute mort, elle explique son énigme, lève le voile de son absurdité, apaise la révolte qu’elle soulève, donne sens à la « Vraie  Vie » en l’arrachant aux ténèbres ; elle brise les tombeaux et ouvre les cœurs à la vision du tout autre, à l’expérience de l’impossible rendu possible, à l’ivresse d’un amour qui participe au banquet divin…

Elle ouvre les eaux de la Mer Rouge, et le cri d’Israël, l’enfant naissant, jaillit comme un éclat de rire !

Mais l’Histoire, elle, reste en Egypte ; et nombreux sont aujourd’hui les chrétiens qui y retournent et l’y retrouvent. Le rire se brise et laisse place au sou-rire, ou même à la moquerie.

La porte de la Sagesse divine est plus étroite que le chas d’une aiguille !

Michel Laclaverie: Janvier 2020 d’après l’éternelle inspiration d’Annick de Souzenelle (L’Égypte intérieure ou les dix plaies de l’âme 1991).

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